Celui qui ne combat pas a déjà perdu

Dimanche 15 Août 2021, soleil de plomb dans la capitale Afghane. Alors que les incendies ravagent le monde, que le GIEC rend son sixième rapport, et que le variant Delta rend l’équation Covid-19 de moins en moins soluble, le plomb n’est pas que dans le ciel de cet émirat islamique. Suite à deux décennies de guerre opposant les talibans au gouvernement Afghan, Kaboul a été assiégé. Le président en place, Ashraf Ghani, a quitté le pays, quand son prédécesseur Hamid Karzaï, négocie actuellement avec des responsables talibans pour « œuvrer à la réconciliation ».

      Acculés, les anciens responsables politiques afghans ne peuvent que tenter de préserver ce qui peut encore rester de paix après vingt ans de combat. A 7200 kilomètres de là, dans le pays des droits de l’Homme, nous pouvons néanmoins nous interroger sur le mutisme, sinon la complaisance volontaire de la part de nos gouvernements.

      Il faut oser le dire sans crainte : les discours de Biden et de nos chefs et cheffes d’états européens, apparaissent semblables à celui de responsables ouvertement nationalistes, à l’instar de Thierry Mariani pour qui « ces hommes devraient rester dans leur pays se battre ». Jean-Yves Le Drian sonne le glas d’un mutisme qui rabaisse aussi bien sa fonction que l’Histoire de France en déclarant que la meilleure preuve serait « de faire en sorte qu’il y ait un gouvernement de transition vraiment inclusif et représentatif ». Quelques heures auront suffi pour que l’histoire donne tort au ministre breton : les anciens responsables politiques et administratifs proche du pouvoir sont traqués, les images de femmes sont rayées de l’espace public, le mariage forcé est autorisé, et ce au bout de quelques jours. En dépit de leur engagement, les talibans remettent au goût du jour ce qu’ils ont accompli entre 1996 et 2001. Ce que ne comprend pas Le Drian quand il dit « c’est une nouvelle génération », c’est que le mal n’a pas de génération.

      Ce mal ressasse inexorablement ses mêmes torrents de haine et la même obsession de la suppression culturelle : les artistes, les journalistes, tous ceux et celles ayant œuvré pour démocratiser leur pays ou même préserver l’existant sont aujourd’hui traqué.e.s. À propos du mal, Albert Einstein déclarait : « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ». Entre des élues, des élus et politiques qui ont soutenu les associations aux vocations troubles et séparatistes comme Baraka City, dont son fondateur Idriss Sihamedi ne cache pas ses positions, le rêve démocrate, où la coopération multilatérale pour sauver l’Afghanistan d’une tyrannie annoncée se ferait forte, est définitivement perdu. Ce dernier est allé jusqu’à tweeter juste après la prise de Kaboul : « QuAllah descende sur le peuple Afghan les plus belles richesses, les plus beaux hôpitaux, plus belles écoles et le plus bel avenir que le pays na jamais pu rêver ». Le message est clair. Des deux côtés, les intérêts prennent le pas sur la force et l’honneur du combat contre ces talibans, qui peuvent demain étendre leur influence sur les pays limitrophes : au Tadjikistan, au Pakistan, en Ouzbékistan où au Turkménistan. Il ne faudra cependant compter ni sur l’OTAN ni sur la France dont son président s’inquiète des « flux migratoires » pour combattre le désastre taliban.

Nos gouvernements, par manque de courage, d’audace, ou même d’universalisme, ont peur de perdre. Et la phrase de Bertold Brecht résonne dans nos cœurs comme un mantra : « Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu ».

      Et dans cette crise, nous saluons les responsables, actrices et acteurs diplomatiques de terrain, à l’instar de David Martinon, l’ambassadeur de France en Afghanistan, qui accompli son devoir nuit et jour dans des conditions rarement aussi dangereuses. Tandis que le terrain s’embrase, la réaction de la France et de la communauté internationale est en effet plus que décevante.

 

  • Nous appelons à la poursuite des opérations d’évacuation, afin de permettre à un maximum de personnes d’être rapatriées et mises en sécurité en France. Il s’agit d’une préoccupation essentielle, principalement pour les personnes minoritaires et les groupes vulnérables.

 

Par ailleurs, beaucoup de procédures de réunification familiale de personnes afghanes étaient bloquées ou ralenties, et cela depuis plusieurs mois bien que la situation était connue et s’aggravait.

  • Une reprise et une accélération de ces procédures est nécessaire, afin de reconnaître aux personnes les droits dont elles peuvent bénéficier. L’enjeu est la capacité et la volonté de la France de délivrer des visas à ces personnes qui auraient pu rejoindre la France de manière légale et ainsi être en sécurité depuis de nombreux mois. 

 

  • La France a assuré avoir arrêté les expulsions de demandeurs et demandeuses d’asile afghans qui avaient été débouté.e.s de leur demande. Cette pratique inacceptable doit en effet cesser. Cependant, la suspension des expulsions est un choix insuffisant.

 

  • Il convient de construire un accueil digne et solidaire de ces personnes présentes en France. Il y a de nombreuses initiatives associatives et citoyennes que nous saluons vivement, et qui visent à accueillir et héberger les personnes fuyant leur pays, ainsi que leur fournir une aide matérielle et administrative. L’Etat a aussi sa part de responsabilité dans cela, il ne peut se reposer sur sa population pour mettre en œuvre tous les moyens nécessaires afin d’accueillir dignement les personnes. 

 

  • Un accompagnement dans leurs droits au titre du droit d’asile, de la protection subsidiaire ou de la délivrance de titres de séjours devra être initié rapidement, à la suite de leur arrivée sur le territoire. Nous appelons également à la mise en place d’un accompagnement sanitaire et psychologique particulier.

 

  • Par ailleurs, nous le savons, les routes migratoires sont très dangereuses. Qu’il s’agisse de rejoindre les pays limitrophes de l’Afghanistan ou l’Europe en passant par l’Iran et la Turquie, les personnes s’exposent à de nombreux dangers, parfois mortels, devant lesquels il convient de les protéger. La directrice générale de France terre d’asile, Delphine Rouilleault, appelle à une « réponse européenne coordonnée » afin de mettre en place les voies légales et des moyens sécurisés pour assurer la protection des migrantes et migrants souhaitant rejoindre l’Europe.

 

  • Le règlement de Dublin II prévoit le dépôt d’une demande d’asile dans le premier pays d’Europe d’arrivée. Un appui de ces pays, au niveau financier et matériel, devra être apporté par tous les pays européens. Il s’agit d’urgence d’apporter une réponse solidaire et juste.
 

      De nombreux droits humains et libertés fondamentales sont garantis par les droits français, européens et internationaux et notamment concernant les femmes, les minorités de genre et les enfants, contre toute forme de menace, discrimination, violence physique ou sexuelle. La garantie de l’accès à l’éducation, la protection de l’intégrité physique, la liberté de la presse et la liberté d’opinion doivent être la priorité de chaque gouvernement, de l’Europe et de l’ONU.

 Nous ne pouvons rester inactifs et inactives face à cette situation qui appelle une réaction solidaire, humaine et digne.

Aymeric de Tarlé

Coordinateur Stratégique - Parti Allons Enfants

Maïalen Mallet

Think Tank - Parti Allons Enfants

Pierre-Jean Clausse

Think Tank - Parti Allons Enfants

Étienne Hidier

Directeur Communication et Relations Presse - Parti Allons Enfants

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