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La libération de la parole des femmes n’est pas une mode.

Les faits :

Harvey Weinstein est un producteur de cinéma célèbre. Le 5 octobre 2017, il est dénoncé pour agressions sexuelles et viols par le New-York Times suite à des accusations des actrices Rose McGowan et Ashley Judd. Peu de temps après le témoignage de Rose McGowan, son compte Twitter est suspendu. Une vague de contestations s’élève suite à cette suspension abusive et son compte est finalement réactivé. Elle lance alors avec l’initiative d’Alyssa Milano le hashtag #MeToo sur les réseaux sociaux qui devient très populaire sur Internet. En France, une libération de la parole des victimes de harcèlements sexuels, d’agressions sexuelles et de viols se développe avec le hashtag #BalanceTonPorc.

En parallèle, les témoignages et plaintes s’enchainent. La défense d’Harvey Weinstein s’effondre, il est blacklisté du milieu du cinéma, Hollywood est déchiré et les dénonciations d’agresseurs fusent, déclenchant un véritable mouvement de libération de la parole des victimes dans le monde entier.

Les chiffres :

· 94 plaintes contre Harvey Weinstein

· 30% de plaintes en plus à la gendarmerie au mois d’octobre par rapport à septembre

· 225 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont en moyenne au cours d’une année victimes de violences physique et/ou sexuelles commises par leur ancien ou actuel partenaire intime

· 123 femmes ont été tuées en 2016 par leur partenaire ou ex-partenaire intime « officiel »

· 1 victime sur 10 porte plainte

· 1 plainte sur 10 aboutit a une condamnation

· 60% des victimes sont mineures

· 100% des utilisatrices des transports en commun franciliens ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d’agressions

· 25% des femmes de 18 à 29 ans ont peur dans la rue

· 40% des femmes ont renoncé à fréquenter certains lieux suite à des manifestations sexistes

· 8 femmes victimes sur 10 déclarent avoir été également soumises à des atteintes psychologiques ou des agressions verbales

Sources :

http://stop-violences-femmes.gouv.fr/Les-chiffres-de-reference-sur-les.html

http://www.huffingtonpost.fr/2015/03/01/violences-sexuelles-victimes-mineurs-agresseurs-proches-enquete-unicef_n_6751902.html

Ce qu’en pense Allons Enfants :

Il faut que cet évènement déclenche une prise de conscience sur la question des agressions sexuelles et des viols, que ce soit pour les victimes, les agresseurs ou les tiers. Sur le long terme, les agresseurs doivent se poser les bonnes questions avant d’agir, les victimes doivent se rendre compte de la gravité de la situation et les tiers doivent savoir comment réagir. Beaucoup de personnes ont tendance à minimiser ou considérer la prise de parole comme inutile car « Twitter n’est pas un tribunal ». Toutefois, la portée de cette parole sur les réseaux sociaux et dans un procès est totalement différente : le droit pénal a pour but de protéger la société en condamnant les agresseurs ; sur Twitter, le but est de témoigner afin de partager son histoire et cela se fait par les victimes pour les victimes : comme dit précédemment ce hashtag a pour premier public les victimes pour qu’elles puissent partager leurs histoires, être écoutées, soutenues, se libérer et aider les autres victimes. On peut toutefois noter que les réseaux sont à double tranchant, cette liberté se traduit aussi par un manque d’encadrement de cette prise de parole et a pour conséquence notamment des harcèlements de la part des internautes. Contrairement au droit états-unien, notre droit pénal repose sur la présomption d’innocence. Ce principe ne doit pas être oublié. Twitter n’est pas un juge. Cependant, beaucoup de personnes diffusant leur histoire sur les réseaux sont allées auparavant au tribunal, la confusion n’a donc pas a être établie car l’un n’empêche pas l’autre.

Ce hashtag a pour premières cibles les victimes. Par victime, on entend la personne qui a subi une agression, le terme ayant de nos jours une valeur assez péjorative qui laisserait entendre qu’elles ne sont pas fortes et ne disposent pas de volonté par le fait de se considérer comme telles, vision à écarter. Elles doivent savoir qu’elles ne sont pas seules car c’est quelque chose qui arrive malheureusement à beaucoup plus de personnes que l’on ne le pense et cela permet de dépasser les chiffres dégagés dans les études menées chaque année. Cela apporte une dimension plus humaine et réelle de ce qu’elles ont vécu. Ce n’est pas parce qu’« il y a plus grave » qu’il faut minimiser ce qu’elles ont subi : si la loi punit cet acte, c’est qu’il va à l’encontre des principes de l’Etat de droit et que cela fait souffrir notre société, c’est un mal sociétal qui doit donc être éradiqué et la souffrance des victimes est tout à fait légitime. Malheureusement, elle est trop souvent sous-estimée voire invalidée à cause d’un mouvement général de banalisation des agressions et violences sexuelles. C’est cette banalisation des harcèlement et agressions qui empêche parfois les victimes d’être conscientes de la gravité de la situation. Il faut donc savoir détecter un comportement qui, malgré cette banalisation, n’est pas tolérable : une agression sexuelle reste une agression sexuelle, peu importe que les autres dédramatisent, personne ne peut mieux dire que les victimes ce qu’elles ont subi.

Enfin, il ne faut pas que le tabou sociétal sur ce sujet les bloque et les empêche de parler : soyez libre de prendre la parole si vous en avez envie !

En second plan, on en apprend plus sur le comportement des agresseurs et il faut savoir quoi en tirer. D’abord, l’idéeque les agressions ont toutes lieu dans une ruelle sombre la nuit doit être corrigée : 80% des victimes connaissaient leur agresseur (ce qui est d’ailleurs la principale cause de leur silence) et 94% des agressions sont commises par un proche, il faut donc être tout le temps vigilant. De plus, on en apprend beaucoup sur la notion de consentement : un non est un non, une personne qui refuse des avances n’en a pas secrètement envie et aucun acte ne justifie une agression. Peu importe le contexte et la relation par rapport à la victime, que la personne soit alcoolisée ou non, que ce soit votre partenaire ou non, que la victime soit en combinaison de ski, nue ou qu’elle vous ait dit oui pour des préliminaires, RIEN ne justifie un viol. Ce n’est pas aux victimes qu’on doit expliquer comment éviter un viol mais aux agresseurs qu’on doit apprendre qu’il ne faut pas violer. Il ne faut pas croire qu’un agresseur est forcément malade ou irresponsable : 198 000 tentatives de viol par an en France, c’est 198 000 criminels qui sont bien souvent conscients de ce qu’ils font.

Enfin, il y a les agresseurs qui ne sont même pas conscients de l’être : une blague vaseuse au bureau avec une main mal placée, une approche lourde perçue comme agressive… C’est de ces actes quotidiens que l’on déduit que les mentalités doivent évoluer. Le harcèlement sexuel est partout : au travail, en cours, dans la rue… Petit conseil : gardez en tête l’idée du consentement, du respect et arrêtez de forcer: si j’avais voulu te donner mon numéro je n’aurais pas fait semblant de t’ignorer, pas besoin de continuer à me suivre dans la rue ou de m’insulter face a mon refus…

Pour finir, les tiers ont aussi des enseignements à tirer de ces déclarations. Ils doivent prendre conscience que cela n’arrive pas qu’aux autres. Si c’est un proche, ta sœur ou ton ami, ne la ou le fais pas culpabiliser de ne pas avoir porté plainte : c’est une preuve du manque d’efficacité de notre système. Sois présent sans le forcer à parler si il ou elle n’en a pas envie, ne remets pas en cause systématiquement sa parole (la présomption d’innocence n’empêche pas de respecter la parole des victimes), n’essaye pas de justifier un viol car c’est de la faute d’une seule personne : celle du violeur.

En tant que tiers, tu peux aussi être témoin d’une agression et tu dois réagir (non-assistance à personne en danger) : si c’est un ami alors éduque le, si tu es dans le métro et qu’une personne est harcelée alors va la voir et fais semblant de la connaître pour qu’elle ne soit plus seule…Ce sont des petits gestes du quotidien qui peuvent sembler anodins mais qui, assemblés, peuvent vraiment faire changer les choses. Il faut lutter contre la culture du viol, libérer la parole des victimes et nous en sommes tous et toutes les acteurs.

Ce que nous proposons :

Toi, moi et Allons Enfants avons les moyens de changer les choses, chacun à une échelle différente. Ainsi, Allons Enfants souhaite une augmentation du budget consacré à la lutte contre les discriminations de genre et du budget de la justice pour une meilleure effectivité des peines. Nous voulons également agir en matière d’éducation en apprenant dès le plus jeune âge la notion de consentement et en sensibilisant les plus jeunes sur le sujet. De plus, nous pensons que les victimes seraient mieux accompagnées en mettant en place un service de suivi médical pour les aider à dépasser ce qu’elles ont vécu. Enfin, il ne faut pas oublier que les femmes LGBTQ et non blanches ont davantage de chances d’être discriminées. La lutte contre les discriminations de genre doit donc se joindre au combat contre l’homophobie, la transphobie et le racisme si l’on souhaite qu’elle soit efficace pour toutes les femmes.

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