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Éducation: une autre approche est possible

La question de l’éducation scolaire est une thématique majeure et centrale dans la vie d’une Nation. La notion même d’éducation est au cœur de nos sociétés et est souvent mise en avant comme un enjeu politique crucial, non sans fondement. Au-delà de cela, l’éducation est, comme Nelson Mandela pouvait le dire « l’arme la plus puissante pour changer le monde ». De ce fait, il incombe à n’importe quel régime politique de posséder un système scolaire efficient. Il est impossible d’y échapper et plus difficile encore de ne pas s’y intéresser. Peu importe votre place ou votre rôle dans la société, élève ou parent, vous possédez forcément un avis sur la question.

L’éducation est « l’action d’éduquer, de former, d’instruire quelqu’un », mais c’est aussi la « manière de dispenser cette formation ». Deux problèmes s’offrent à nous : le premier est la transmission du savoir, le second est le moyen mis en place pour le transmettre. Car on parle bien ici d’éducation « scolaire », cette éducation qui fera passer la majorité des enfants, élèves, et adolescents, dans la vie active — pour certains — et à un niveau diplômant supérieur — pour d’autres. La question de l’éducation scolaire la plus adaptée, ou plutôt de la façon de la donner la plus adaptée, existe et existera toujours. Chaque gouvernement, chaque quinquennat est synonyme de réforme. Le plus généralement, dans les matières à dispenser. Cependant, des réformes dans les moyens mis en place pour la transmission même du savoir sont moins nombreuses. Et pourtant, si acquérir du savoir c’est bien, savoir le transmettre c’est encore mieux.

En ces temps troublés, comme tout le monde peut le voir, un simple changement dans le fonctionnement de la scolarité, au niveau du secondaire comme du supérieur, est synonyme de contestation. Pourtant, nous devons aujourd’hui faire face à un terrible constat.

Les études PISA (Programme International pour le Suivi de l’Acquis des Élèves) comparant les éducations dans les pays de l’OCDE sont alarmantes et pointent du doigt le système éducatif français. La France est le pays où le fossé entre les meilleurs élèves et les plus « faibles » académiquement parlant est le plus important. Ainsi, les élites françaises disposent des meilleures formations en Europe, mais les moins à l’aise à l’école finissent trop souvent par décrocher. Comment vanter les mérites d’une école démocratique, si tant d’inégalités sont entérinées dans le système ? Évidemment, la société amène ses travers à l’école, qui n’est qu’un reflet déformé de la société. Ces inégalités, qui devraient être gommées par une école véritablement démocratique, sont en fait accentuées au sein du système scolaire.

Essayons de passer outre tous ces problèmes, et essayons d’observer sous un autre angle cette institution qui semble si difficile à réformer. Il est possible d’établir trois points clés, influençant considérablement le niveau d’un élève et, en général, le niveau de l’éducation scolaire. Trois pôles interagissent entre eux à différents niveaux :l’élève, les parents, les professeurs.

Il repose sur l’élève, de manière évidente, un investissement dans son apprentissage. Cela se traduit par le développement de l’autonomie, de la régularité et de la curiosité, sous la double influence de ses parents et de ses professeurs. En revanche, ne tombons pas dans la facilité de croire que c’est uniquement à l’élève de savoir s’adapter. Le système scolaire, de plus en plus, est décrit comme un modèle archaïque, ne sachant pas s’adapter à l’élève. Ainsi, on entend parfois des discours tels que « cet élève ne travaille pas car il n’est pas motivé, de toute façon, c’est un éternel débutant ». Or, l’engagement n’est que la face visible de l’iceberg. L’engagement est sous-tendu par la motivation. Cette dernière peut être soit extrinsèque (motivation par la carotte ou le bâton : motivé pour avoir une bonne note ou ne pas avoir de mauvaise note par exemple), soit intrinsèque (motivé car le sujet m’intéresse et j’y trouve du sens). L’idée est de favoriser la motivation intrinsèque pour les apprentissages.

La question de l’influence de parents est rapidement résolue. L’État peut difficilement imposer aux parents une façon d’éduquer leurs enfants. Pour autant, certains parents, souvent venant de milieux sociaux défavorisés, ne savent pas comment faire face à ces problèmes, avec leurs lots de nouveautés (l’arrivée d’internet depuis les années 2000 notamment). Une aide est donc, évidemment, à réfléchir.

Ici, on peut donc s’intéresser plus particulièrement aux professeurs, dont la formation est normalement assurée par l’État. On peut s’interroger sur la pertinence de celle-ci sans oublier que les enseignants (du secondaire), selon leur ancienneté, n’ont pas forcément eu la même formation. La qualité de formation d’un professeur parait logiquement corrélée avec des compétences pédagogiques diversifiées et efficaces. Ainsi entre un élève laissé seul face à l’immensité des connaissances et un enfant accompagné dans son parcours scolaire, il n’est pas très difficile de voir qui réussira le mieux. En interrogeant certains élèves, on s’aperçoit que certains préfèrent que le professeur ait une certaine autorité sur la classe, qu’il sache maintenir le calme notamment. Mais la forme de son cours n’est pas en reste : un cours humoristique, dynamique, ou interactif est plus satisfaisant et plus facile à suivre et comprendre. Le point central de cet article est essentiellement de savoir si la formation pédagogique des professeurs du secondaire nécessite des améliorations, sous quelles formes avec quels contenus.

La pédagogie, c’est la « science-art » de l’éducation,or, comme tout art, il faut de la réflexion pour arriver à créer quelque chose de solide et de concret. Loin d’avoir la science infuse, nous aimerions ici introduire quelques pistes de réflexion

Introduisons des pistes de réflexion

L’enseignant lui-même

Tout d’abord, l’enseignant en lui-même. En 2012, une étude menée par des économistes de Harvard et de Columbia montre que, plus le niveau du professeur est important, plus l’élève sera sujet à aller vers des hauts diplômes, plus ce dernier aura un niveau vie élevé avec un salaire élevé[1]. Mais les diplômes ne font pas tout. Il ressort de manière évidente que la personnalité de l’enseignant joue également un rôle primordial. La perception positive qu’a l’élève de l’enseignant va le rendre plus réceptif et donc va créer un climat plus propice à l’apprentissage. Rappelons-nous ce qui nous a fait aimer une matière au collège ou au lycée : c’est en grande partie la façon dont l’enseignant nous l’a montrée, nous l’a présentée. Il est plus aisé de retenir et d’apprendre avec un enseignant actif, avec un enseignant lui-même passionné par sa matière.

L’idée serait donc d’ajouter des formations, pour permettre à chaque personnalité d’être accompagnée pour une meilleure intégration d’un professeur au sein d’une classe, par des techniques de voix, de positionnements et de postures, soit des techniques se rapprochant de celles du théâtre. L’idée n’est pas d’en faire un acteur ni un orateur hors pair. Mais une personnalité sachant parler, se montrer et intéresser. Attention, il n’est pas question de changer la personnalité même de l’enseignant. Mais de donner des clés pour mieux présenter son cours. La formation des enseignants dans les Écoles Supérieure du Professorat et de l’Éducation (ESPE), écoles professionnelles pour apprendre progressivement et par l’alternance le métier d’enseignant, ne comprend que deux heures de“Communication Non Verbale” sur une année universitaire entière en master : un pourcentage inadapté aux besoins réels des enseignants en situation de classe, dans la réalité humaine du métier.

Cette requalification des professeurs ne doit pas uniquement s’accompagner de cours de voix et de posture, mais d’une vraie formation pédagogique, lui permettant d’obtenir des vraies techniques de transmissions. Il faut une requalification du métier de professeur, quitte à rendre l’obtention du diplôme plus sélective comme c’est le cas dans certains pays du Nord, qui, par ailleurs, accordent au professeur un statut aussi important qu’à un avocat. A l’inverse, et malheureusement, les enseignants et professeurs ne jouissent pas en France de la reconnaissance sociale qu’ils méritent.

Les supports pédagogiques

Le cours en lui-même est rarement suffisant, il faut ajouter à cela des exercices. C’est par la pratique que vient une meilleure compréhension. Il existe de nombreuses manières d’élaborer des cours et de nombreux supports permettent une meilleure pratique et un meilleur cours. A l’heure où la tendance veut que chaque collégien ait un ordinateur, pourquoi ne pas permettre aux enseignants qui le souhaitent de créer un site web — avec le concours de l’État — dans lequel ils pourront mettre leurs cours, les exercices en lien ainsi que des contrôles corrigés ? Cela se fait déjà dans le supérieur, peu importe la matière mais n’est que très peu mis en place dans le secondaire. Le site pourrait simplement être une refonte du système ENT préexistant, qui, aujourd’hui, ne sert essentiellement qu’à consulter son emploi du temps et les devoirs à faire. Cela permettrait d’avoir constamment un cours et des exercices avec l’élève, peu importe où il se trouve, et dans un second temps lui permettrait une première approche de ce qui se fait à l’université.

Un autre support largement utilisé par nos voisins Européens du Nord est l’utilisation manuelle d’objets, afin de mettre en évidence certaines logiques mathématiques par exemple. Un reproche que l’on peut souvent émettre à l’égard du système scolaire français est qu’il est trop abstrait. L’utilisation de billes (pour les multiplications), de gâteaux (pour les fractions), ne sont que des exemples parmi d’autres, mais qui ont fait leurs preuves.

Des méthodes d’enseignements alternatives

Dans le domaine privé, de nombreuses méthodes alternatives d’éducation fleurissent pour tenter de soigner ces maux. Elles proposent comme paradigme de l’enseignement une pensée divergente pour les élèves plutôt qu’une pensée convergente. C’est-à-dire qu’elles valorisent l’initiative, l’innovation, la créativité et la pluralité des solutions trouvées pour résoudre un problème, plutôt qu’une solution unique, universelle, qui ne parlerait peut-être pas à tous les élèves. C’est déjà la pédagogie différenciée et l’enseignement par compétences qui est transmis dans le cadre de la formation des enseignants d’EPS notamment. D’autres écoles ont dans le cœur de leurs propositions la coopération entre les élèves, en opposition à la compétition. On y enseigne les principes de l’empathie et de l’intelligence sociale.Dans certains pays, on y enseigne la tolérance.

Bien évidemment, pour former des citoyens qui pourront s’intégrer à notre société compétitive à tous les niveaux (national, international), il ne s’agit pas de gommer complètement la compétition. Mais d’y associer le levier de la coopération, pour que le côté compétitif ne devienne pas une exclusivité, gage de stress et de pression pour des êtres en pleine construction.

Pour autant, est-ce que cette éducation si décriée est en échec ?

Si aujourd’hui nous sommes capables de la critiquer, c’est que, d’une certaine façon, les bases suffisantes pour réfléchir et avoir une certaine distance nous ont été données. Et bien que beaucoup reste à faire, notamment dans la manière d’aborder le problème, relativisons et soyons optimiste, notre système est loin d’être le pire.

Nous terminerons cet article sur une phrase de Boris Cyrulnik : « peu d’enseignants ont conscience de leur impact affectif sur les enfants »

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