Écoles délabrées à Marseille et inégalités territoriales

Posted by AE on 11 février 2016 in Les points d'actualité


Petit rappel des faits :

Il y a deux mois, une enseignante des quartiers nord, Charlotte Magri décide d’écrire à la ministre de l’Éducation pour dénoncer le délabrement de certaines écoles des quartiers nord de Marseille. « Mon ressenti, c’est que j’étais complice d’une institution dans laquelle je travaillais, à laquelle j’appartiens où on maltraitait les élèves« , explique Charlotte Magri, enseignante à Marseille.

Le 21 janvier dernier, Charlotte Magri témoigne dans Libération « Quand tu vois dans ta classe que tes élèves ont les lèvres bleues, tu as honte. J’ai honte ». Le 1er février 2016 Libération publie un dossier édifiant sur l’insalubrité de certaines écoles marseillaises, majoritairement situées dans les quartiers défavorisés.

La controverse :

Les communes doivent s’occuper de la gestion foncière des écoles primaires et des maternelles. Les accusations se sont donc très vite tournées vers la Mairie de Marseille. Face à ces accusations et pour contrer ce que le maire Jean-Claude Gaudin qualifie de «Marseille bashing», la municipalité a organisé une visite de presse guidée dans quatre écoles des quartiers Nord de Marseille. Malgré les travaux de dernière minute la situation reste inacceptable. L’état d’insalubrité reste très avancé dans certaines écoles.

Pourtant les responsables de la mairie de Marseille n’admettent aucune faute. Selon eux le travail est fait : «2 millions d’euros ont été dépensés l’an dernier pour les travaux dans les écoles… 240 millions depuis 1995. Bien sûr qu’il peut y avoir ici ou là un plâtre qui se décolle, une fenêtre qui ne ferme pas. Mais le travail est fait. » explique le maire du 4ème secteur de Marseille.

Samia Ghali, élue PS, explique qu’« en 2015, il y a eu 84 demandes de travaux urgents dans 46 écoles, pour des raisons sanitaires ou de sécurité. »

Au delà des problèmes d’insalubrité, ce qui choque, c’est leur répartition. Ces problèmes ne concernent que les quartiers défavorisés de Marseille.

Ce que cette histoire dit de nos politiques :

Ce qui frappe tout d’abord c’est l’inertie de la mairie de Marseille. L’idée n’est bien évidemment pas de dire que rien n’est fait au quotidien, mais force est de constater qu’il a fallut un éclairage médiatique sur ces problématiques pour que 6 millions d’euros soient débloqués en urgence.
La déresponsabilisation du politique est également criante dans cette affaire. L’adjointe à l’éducation à la mairie de Marseille a osé justifier l’insalubrité de certains bâtiments par le vandalisme des jeunes des quartiers nord. L’idée n’est pas de nier que ce phénomène existe mais utiliser cet argument pour expliquer la présence de rats, d’amiante et l’absence de chauffage relève au mieux de l’aveuglement, au pire de la manipulation. L’adjointe a même affirmé que certains travaux ne sont pas effectués car les problèmes ne sont pas signalés..
La politique de la mairie de Marseille n’est donc pas de contrôler, d’anticiper et d’investir sur le long terme mais de jouer aux apprentis bricoleurs qui se déplacent parfois en cas de signalements.

Ce que propose Allons Enfants :

Comme nous l’avons demandé aux régions au travers de la charte, nous proposons que les communes (notamment celles de plus de 100 000 habitants) optimisent au mieux leur budget de fonctionnement et leurs ressources humaines afin de dégager des capacités d’autofinancement et ainsi réduire la dette, tout en poursuivant les efforts en matière d’investissement.
Mais il faut surtout que les villes se recentrent sur ce qui devrait être là priorité de tous : l’éducation et l’accueil des enfants à l’école primaire et en crèche. Or selon la chambre régionale des comptes qui a épinglé la ville de Marseille en 2013, la ville n’a par exemple créé que 65 nouvelles places de crèche entre 2008 et 2012.
Malheureusement, Marseille n’est pas un cas isolé et les récentes baissent de dotations de l’État aux municipalités (nécessaires pour réduire le déficit) impact directement la qualité des écoles. Pourtant les espaces scolaires devraient rester prioritaire dans la répartition des dotations et particulièrement ceux des quartiers les plus défavorisés. Ainsi, l’exemple de Marseille conforte notre idée que sur de nombreuses problématiques, la France n’a pas besoin d’un état d’Urgence, mais d’urgence, un État.